L’ANPE a accompagné plus de 6.000 jeunes dans leurs projets d’insertion dans l’emploi

ENTRETIEN AVEC URBAIN AMÉGBÉDJI, DG DE L’ANPE-BÉNIN: “PLUS DE 6.000 JEUNES ACCOMPAGNÉS DANS LEURS PROJETS D’EMPLOIS EN 2020

Au Bénin, les statistiques révèlent que près de 2,3% de la population est au chômage et 70% fait face au sous-emploi. Marquée par la pandémie du Covid-19 et la fermeture des frontières bénino-nigérianes, la situation s’est davantage degradée. Dans cet entretien, Urbain Amégbédji, Directeur général de l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE), en parle et annonce les perspectives pour 2021.

L’économiste : Quels sont les objectifs et mission de l’ANPE ?

Urbain Amégbédji : L’ANPE a pour mission de contribuer à l’élaboration et à la mise en œuvre de la politique nationale de l’emploi au Bénin. A ce titre, elle est chargée de faciliter l’intermédiation entre l’offre et la demande d’emploi, à travers des activités d’information, d’orientation, d’appui-conseil, de promotion des potentialités d’emploi dans les milieux urbains, péri-urbains et ruraux. Elle est également chargée de contribuer à l’élaboration des indicateurs sur l’emploi, le chômage et la formation professionnelle. Elle est en outre chargée de contribuer à l’élaboration, à la mise en œuvre et au suivi des programmes de développement de l’emploi à travers des activités d’appui à la promotion de l’auto-emploi ainsi que de l’emploi salarié par le développement des stages de pré-insertion. L’ANPE est également chargée de contribuer au développement de l’emploi à travers des activités de perfectionnement et de reconversion. Enfin, elle est chargée de gérer les ressources destinées au financement de divers projets et programmes relatifs à la mise en œuvre de la politique nationale de l’emploi.

La Covid-19 et la fermeture des frontières terrestres du Bénin avec le Nigéria sont deux événements qui ont marqué l’année 2020. Quels sont leurs impacts sur le marché de l’emploi au Bénin ?

Effectivement, l’année 2020 a été marquée par deux événements majeurs, imprévisibles et irrésistibles qui ont profondément impacté négativement le secteur de l’emploi. Il s’agit d’abord de la crise sanitaire Covid-19, dont les conséquences sont le rétrécissement au niveau du secteur de l’emploi ou le ralentissement du recrutement par les entreprises. Le second événement majeur est la fermeture des frontières bénino-nigérianes qui a également eu un impact négatif sur l’économie et par ricochet sur les entreprises privées qui sont les principaux partenaires et clients de l’ANPE ; leurs activités ayant connu un ralentissement. Il convient de dire que le besoin d’embauche a diminué. On observe tout de même une extraordinaire capacité de résilience des Béninois face à ces deux chocs exogènes qui ont frappé durement notre économie. Cette résilience dont je suis fier est à saluer. Nombre de Béninois, notamment les jeunes se sont reconvertis à diverses activités pour pouvoir survivre. L’instinct de survie a emmené ces jeunes et beaucoup d’entreprises à se réorienter vers d’autres secteurs plus porteurs et d’autres activités génératrices de revenus qui leur ont permis de survivre à ces deux grands chocs qui auraient pu être beaucoup plus dévastateurs sur l’économie et par conséquent sur l’emploi.

Nous avons pu noter cela à travers les nombreux jeunes que nous recevons à nos guichets et qui ont perdu leurs emplois. Certains d’entre eux ont des projets de réadaptation ou de reconversion. D’autres ont de nouvelles idées par rapport au nouvel environnement que créent ces crises. Au total, je peux dire qu’à la fin de 2020, malgré la crise, les secteurs de l’économie et de l’emploi ont pu vaillamment résister et ont pu connaitre quelques progrès par rapport aux années précédentes.

Malgré les crises, l’ANPE n’est pas restée inactive. Quel bilan pouvez-vous faire sur les activités de 2020 ?

En termes de bilan, l’Agence a, au cours de l’année 2020, tenu ses activités habituelles, notamment l’intermédiation qui nous a permis de recevoir, de coacher et d’accompagner plus de six mille (6.000) jeunes dans leurs projets d’insertion dans l’emploi, soit salarié, soit dans l’auto emploi. Nous avons eu de grandes activités qui ont permis aux entreprises, malgré la crise et l’environnement difficile, de faire des recrutements. Il s’agit du salon de l’emploi et des compétences organisé à Parakou dans le cadre de la Quinzaine Nationale de l’Emploi. Ce salon nous a permis d’offrir aux jeunes résidents dans la partie septentrionale du pays plus de 1000 emplois en une seule journée. Ces emplois ont été proposés par une cinquantaine d’entreprises basées dans le Nord.

Il faut noter que toutes ces offres n’ont pu être satisfaites à cause de l’éternel problème d’inadéquation entre la formation et la demande du marché de l’emploi. Toutefois, plus de la moitié de ces emplois ont été emportés le même jour permettant, le 11 décembre dernier, à des jeunes de décrocher leur premier emploi.

Nous avons également reconverti des centaines de jeunes qui étaient sans emploi. Par exemple dans le domaine de la conduite d’engins lourds, il y avait des déficits. Les entreprises qui ont gagné les grands chantiers du PAG ont aujourd’hui d’énormes difficultés quant au recrutement des conducteurs d’engins lourds. L’ANPE a alors transformé et reconverti des conducteurs ayant le permis B en conducteurs d’engins lourds, facilitant ainsi leur insertion professionnelle.

Enfin, nous avons accompagné les collectivités territoriales décentralisées dans la promotion de l’emploi local. D’immenses niches d’emplois et d’opportunités existent dans les communes de notre pays. Nous avons appuyé et doté dix (10) communes d’une politique communale d’emploi (Pce) en nous basant sur les potentialités existantes sur leurs territoires et qui sont hélas, souvent ignorées. Cinq parmi elles ont également bénéficié du soutien de l’ANPE dans la rédaction des documents d’opérationnalisation de ces Pce. L’expert mis à la disposition de ces communes et l’ANPE voient donc avec elles dans quelle mesure les jeunes peuvent être organisés pour pouvoir prendre en compte ces opportunités en vue de créer leur entreprise et ainsi créer de la richesse. Nous avons donc accompagné certaines communes qui disposent déjà de ces politiques à utiliser à un document d’opérationnalisation qui leur permet de donner des emplois et des opportunités aux jeunes.

Quel est le contenu de ces politiques communales d’emploi ?

Les politiques communales d’emploi sont des documents de référence dont nous appuyons fortement la rédaction pour permettre aux communes d’identifier les potentialités et les niches d’emploi existant sur leurs territoires. Elles découlent de la Politique Nationale de l’Emploi. L’emploi n’est pas qu’ailleurs. L’emploi est parfois sous nos pieds, dans nos villages, dans notre environnement mais nous avons les yeux tournés vers le ciel ou ailleurs. L’objectif de ces documents est donc de permettre aux communes de se doter d’une stratégie d’exploitation des potentialités et opportunités d’emplois qu’il y a sur leurs territoires.

Quelles sont les estimations sur le chômage et le sous-emploi au Bénin ?

J’ai l’habitude de dire que le Bénin n’a pas un problème de chômage mais plutôt de sous-emploi. Selon les critères de l’OIT, le taux de chômage au Bénin est de 2,3% tandis que le taux de sous-emploi est évalué à 70%. Cela démontre merveilleusement bien que les Béninois ont une capacité d’adaptation et de résilience. Ce taux est à ce niveau parce que le Béninois ne sait pas rester désœuvré. Diplômé ou pas, il se trouve ou crée une occupation soit une activité génératrice de revenu même si celle-ci ne correspond pas à sa formation de base. Dans ces conditions, il est souvent sous-employé. Quand on voit tous ces fabricants ou vendeurs de masques, ces zémidjans ; en gros, ces débrouillards qui sont dans divers métiers, ils se considèrent comme des chômeurs mais en réalité dans la catégorisation de l’Organisation Internationale du Travail, ils sont en situation de sous-emploi. Seulement 2,3% de Béninois sont carrément inoccupés ou ont perdu leur emploi. C’est eux qui sont au chômage.

Lorsque vous parlez de capacité d’adaptation ou de résilience, que voulez-vous dire concrètement ?

Bien entendu, il s’agit de l’entrepreneuriat ! Prenons l’exemple d’un jeune détenteur d’une Licence ou d’un Master. Si après 6 mois, il ne trouve pas un emploi, il va devenir d’abord zémidjan, s’il a une moto. C’est déjà ça, cette initiative de s’auto-employer et de pouvoir gagner sa vie. Dans les mêmes conditions, une jeune fille, qui a une tante, vendeuse au marché Dantokpa, se rapprochera d’elle pour l’aider dans son commerce. Ce sont l’ensemble de ces initiatives qui font que les Béninois arrivent à survivre en période de crise. C’est ce qui fait que le taux conventionnel de chômage est assez bas. Cette culture que le Béninois a de ne pas rester inoccupé, amène à ce que les jeunes ont toujours une occupation, même si techniquement ils sont en sous-emploi.

Parlez-nous des perspectives, actions et programmes pour cette nouvelle année 2021

Les défis de l’ANPE, c’est de reprendre un certain nombre de programmes qui ont connu du succès pour avoir sorti nombre de jeunes de la précarité. Il s’agit des programmes de requalification et reconversion/réadaptation de ceux qui dont les profils ne correspondent pas aux besoins des entreprises vers les secteurs beaucoup plus porteurs.

Nous sommes en train de revisiter l’ensemble de nos programmes pour les adapter aux situations actuelles et les conformer à la nouvelle politique nationale d’emploi adoptée en 2020. Cette relecture va nous permettre d’assurer une cohérence entre le programme d’actions du gouvernement, la politique nationale de l’emploi actualisée et les différents projets et programmes que nous mettons en œuvre de manière à ce qu’il y ait une harmonie. Ainsi, nous aiderons les jeunes à réussir leur insertion professionnelle mais également nous permettrons au gouvernement d’atteindre ses objectifs.

Le deuxième défi, c’est le démarrage d’un certain nombre de programmes clés qui vont impacter des milliers de jeunes. Notamment le programme d’insertion des jeunes (Prodij) qui va impacter plus de 34.000 jeunes peu ou pas instruits qui seront accompagnés dans le développement de micros, petites et moyennes entreprises. La particularité de ce programme est qu’il prend également en compte les régions frontalières dans lesquelles, il y a un risque de radicalisation ou d’extrémisme. Grâce à l’appui du Gouvernement et de la Banque mondiale, tous ces jeunes trouveront leur place dans la société en tant qu’acteurs économiques.

Enfin, il y a l’intermédiation. Nos portes sont toujours ouvertes pour recevoir les jeunes en quête d’emploi. Nous avons aujourd’hui 13 antennes (12 dans les départements et l’antenne spéciale de Calavi qui sont ouvertes tous les jours aux jeunes) qui fonctionnent sur toute l’étendue du territoire national pour les accueillir, les écouter, les orienter et les accompagner dans leurs différents projets.

Votre mot de la fin

Je suis très sensible aux commentaires et observations des jeunes que je rencontre mais je dois leur dire que les investissements actuels que fait le Gouvernement dans divers domaines donnent l’espoir que dans les années à venir, il y aura beaucoup d’emplois. J’invite les jeunes à aller vers les secteurs les plus porteurs et prometteurs qui se profilent déjà à l’horizon. Le choix des filières de formation doit absolument tenir compte de l’indispensable adéquation formation avec les besoins du marché du travail. Il faut aller vers les secteurs de l’hôtellerie, du tourisme, de la restauration, du numérique, des BTP, de la construction, de l’agrobusiness qui sont des secteurs qui captent des investissements lourds. Je suis heureux d’annoncer qu’avec les réformes structurelles que le gouvernement opère, il y a aura une explosion d’emplois les années à venir. Il ne faudrait pas qu’en ce moment-là, les entreprises soient obligées d’aller chercher des compétences dans d’autres pays.

Propos recueillis par Félicienne HOUESSOU

REPERTOIRE DES METIERS

Un métier vous intéresse ? Recherchez dans le répertoire opérationnel des métiers et trouvez toutes les infos liées au métier recherché: centres de formation, prérequis, débouchés, opportunités

Carrefour Emploi